Spiritualité Chrétienne

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03 La Nativité du Seigneur

La Nativité du Seigneur

Fête le 25 décembre

 

De l'Evangile de Jésus-Christ selon Saint Luc (2: 1-14)


En ces jours-là, parut un édit de l'empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eût lieu lorsque Quirinus était gouverneur de Syrie. Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d'origine. Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David, appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait de se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu'ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier né; elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L'ange du Seigneur s'approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d'une grande crainte, mais l'ange leur dit: « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple: aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné: vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mageoire. » Et soudain, il y eut avec l'ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant: « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et Paix sur la terre aux hommes qu'Il aime. »

 

Noël! Noël! Tel était le cri de joie de nos pères, à cette époque où la foi régnait vive et ardente au coeur des familles, des institutions et de la société entière. Ce cri s'est bien affaibli de nos jours, où la naïveté de la foi tend à disparaître. Cependant la fête de Noël est encore, de toutes les fêtes chrétiennes, peut-être la plus aimée et la plus populaire.

Dieu Se sert des événements en apparence les plus indifférents pour parvenir à Ses fins. Marie habitait Nazareth, et les prophètes annonçaient que le Messie devait naître à Bethléem. Mais voici qu'un édit de César-Auguste ordonne à tous les habitants de la Judée d'aller, à une époque déterminée, se faire enregistrer dans leur ville natale. Bethléem était le lieu de naissance de Joseph; c'est donc là que se dirigèrent les saints époux; c'est là, conformément à l'annonce des Prophètes, que Jésus va faire Son apparition dans ce monde.

Quelle naissance pour un Dieu! Joseph cherche une hôtellerie, mais il n'y en a pas pour des gens si pauvres; on les rebute, on les dédaigne, et ils sont contraints de chercher asile dans une étable isolée. C'est là, au milieu de la nuit, que Marie donne miraculeusement naissance à Jésus; c'est là que le doux Sauveur reçoit les premières adorations, là qu'on Lui prodigue les premiers baisers et les premières caresses, là qu'Il verse Ses premières larmes! Marie prend l'Enfant dans Ses bras, Le couvre de pauvres langes et Le couche doucement dans une froide crèche. O premiers instants que Marie et Joseph passèrent aux pieds de Jésus, comme vous fûtes pour eux précieux et pleins de charmes! Nous goûterons un peu de cette joie et de ces charmes en allant visiter dans notre église la représentation d'un si grand mystère! Les joies de la terre sont trompeuses; mais les joies du service de Dieu sont vraies et durables.

Jésus est né, et voici que les Cieux retentissent de chants d'allégresse; les anges entonnent à l'envi le cantique du triomphe: "Gloire à Dieu au plus haut des cieux!" le cantique de la paix: "Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté!" Jésus est né, et aussitôt de pauvres bergers, avertis par les anges, vont adorer, dans ce petit Enfant, le Rédempteur d'Israël. Jésus est né, et bientôt les princes de l'Orient, conduits par une Étoile, apportent leurs hommages à Ses pieds. Saluons Noël, aurore de la paix et du salut.

 

Extrait de "Vie des Saint", Abbé L.Jaud, Ed. Mame, 1950

 

La Nativité du Seigneur

 

La fête de Noël célèbre l'évènement de la naissance de Jésus, Fils de Dieu, né de la Vierge Marie. Il est né à Bethéem en Judée, et ses premières visites furent celles de simples bergers qui trouvèrent Marie, Joseph et l'enfant couché dans une mangeoire. Cet évènement nous sauve. Il nous unit à Dieu, il nous révèle Dieu, il nous libère. L'ange donne aux bergers un signe, les bergers vont voir le signe et ils voient Marie, Joseph et le nouveau né couché dans la mangeoire : autrement dit, la Vierge Marie fait partie du grand signe de Noël.

 

La première fête de Noël en Occident

 

Au 4e siècle, par l'édit de Milan, l'empereur Constantin a fait cesser les persécutions et a donné la liberté de culte aux chrétiens qui ont alors construit des basiliques. La liturgie s'est donc développée. La première fête de Noël est apparue en réponse à la crise arienne et à partir du Concile de Nicée-Constantinople.

 

Noël, le 25 décembre

 

Les spécialistes ne sont pas unanimes sur le motif de la date du 25 décembre. Soit, Jésus célébré comme soleil de justice remplacait une célébration païenne. Soit on célébrait Jésus 9 mois après sa conception, c'est à dire 9 mois après le 25 mars, jour parfait. La fête de Noël est liée à la fête du 25 mars, fête de l'Annonciation et de l'Incarnation. Ce jour était connu avant l'institution de la fête de Noël mais la fête fut instituée après.

 

La fête de Noël engendre un cycle liturgique

 

La célébration de la fête de Noël a pour première conséquence le développement des homélies et la contemplation du mystère de Marie. L'institution de la fête de Noël à Rome entraîne aussi le développement de l'Avent, avec les lectures de l'Annonciation et de la Visitation, et l'institution de la fête du 1° janvier, 8 jour après Noël, fête de la circoncision de Jésus et de la maternité divine de Marie. La fête de Noël engendre ainsi un cycle liturgique, elle se prépare par l'Avent (avec les hymnes, les lectures, la relecture de l'Ancien Testament) et elle se prolonge dans l'Octave de Noël avec la fête de la Mère de Dieu.

 

Le sens de cet évènement est immense

 

Le temps de l'Avent est un temps liturgique qui prépare à la riche signification de Noël, en particulier par ses oraisons. Le jour de la fête de la Nativité, cette riche signification continue d'être mise en valeur par des antiennes (petits chants traditionnels), des oraisons (courtes prières pendant la messe). Il est interessant de voir que les prières d'aujourd'hui s'inspirent des prières des premiers siècles: le sens de cet évènement nous a été transmis de génération en génération.

Le sens de cet évènement se médite aussi dans des homélies, notamment certaines homélies qui ont traversé les siècles, nous découvrons alors qu'il s'agit de la naissance de Jésus mais aussi de notre propre naissance (homélie de Saint Léon le Grand ), ou qu'il s'agit des noces de Dieu et de l'humanité (homélie de Saint Augustin...)

 

Noël, la crise arienne, le concile de Nicée

 

La crise arienne

 

La crise concerne la foi en la divinité de Jésus, elle éclate en 318, avec les écrits d'Arius d'Alexandrie : selon Arius, le fils a été engendré, il dérive de la substance divine, il est venu à l'existence avant les siècles, mais avant d'avoir été engendré, il n'existait pas, il n'est pas Dieu, il est un demi-urge. Pour Arius, le Christ est donc créé, il est pour le Père un fils adopté.

La crise est grave, la majorité des évêques étaient ariens. L'erreur est de ne pas recevoir la révélation de la divinité du Christ, qui est Dieu et qui nous révèle qu'en Dieu il y a le Père et le Fils. Le patriarche d'Alexandrie répond que le Christ est de même nature que le Père. Et les disputes s'enveniment par la convoitise du pouvoir.

 

La réponse du concile de Nicée

 

Le concile de Nicée, convoqué par l'empereur, se réunit en 325, et le pape en approuve le contenu. Jésus est « Dieu de Dieu, lumière né de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu », « engendré non pas créé, de la même nature que le Père ». Mais l'hérésie se prolonge ; l'Eglise imposera de prier le Credo lors de la messe dominicale, et par un langage non verbal (on s'incline ou on s'agenouille), on vénère le moment de l'Incarnation, car l'Incarnation est le moment de la rencontre entre Dieu et l'humanité. La célébration de Noel permet de vénérer le mystère de l'Incarnation et de mieux le comprendre.

 

Marie à la messe de la vigile de Noël, au 5e siècle

 

En célébrant Noël et le mystère du Christ, l'Eglise célèbre la Vierge Marie. Le sacramentaire «Véronèse» remonte selon toute probabilité au pontificat de Gélase I (492-496), il nous apprend qu'en ce temps là à Noël, l'Eglise :

s'émerveillait de la nouveauté que nous recevons de la naissance du Christ, sans le péché originel, relisait dans la prière l'Ecriture (Is 7, Is 9, Jn 1, Lc 1…); traduisait en prière le concile de Chalcédoine, célébrait Noël comme le début de la grande révélation qui nous éclaire, célébrait Dieu (le Père) qui nous offre le Christ par les viscères de sa miséricorde, bénissait le Christ qui vient, admirait la maternité divine et virginale de Marie.

 

Voici la traduction de ces prières anciennes

« Dieu, qui par l'enfantement de la bienheureuse Vierge sacrée, sans concupiscence humaine as procréé les membres de ton fils venant des pères sans préjudice : fais donc en sorte que nous recevions la nouveauté et que nous soyons exempts de l'ancienne contamination. »

Explications : La conception du Fils de Dieu, est virginale sans concupiscence humaine. Dans le contexte de l'époque, selon la pensée de S.Augustin (†430), il n'y a donc pas de péché originel, - aujourd'hui, la théologie de la transmission du péché originel insiste moins sur l'acte sexuel. La fête de Noël est donc une fête immense, en communiant au Christ qui naît de la Vierge Marie, nous entrons dans une vie nouvelle, indemne du péché originel.

 

« Il est vraiment digne : Et voici, selon la parole des prophètes, la Vierge concevra et enfantera un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel, et il est Dieu avec nous : le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. Voici un enfant nous est né (…). En tout cela nous comprenons clairement qu'il est Dieu et homme, en recevant ce qui est nôtre, il est capable de nous conférer ce qu'il est. De là surabonde la joie. »

Explications : Le texte se réfère à Isaïe 7,14 interprété avec Jn 1,14. La prière continue avec une allusion à Is 9,5-6 et au chapitre 1 de Luc. « En tout cela nous comprenons clairement qu'il est Dieu et homme, en recevant ce qui est nôtre, il est capable de nous conférer ce qu'il est. De là surabonde la joie. » C'est la traduction liturgique du concile de Chalcédoine.

 

« Il est vraiment digne : surtout en ce jour, où tu as révélé le sacrement même de notre salut, lumière des nations. Et par le mystère du sein virginal, tu l'as fait advenir d'une façon ineffable. Il a élevé la corne du salut dans la maison de David son serviteur pour donner la science du salut à son peuple en rémission des péchés, par la tendresse de ta miséricorde, quand nous visite le soleil levant venu d'en Haut. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, qui comme un époux sort de sa tente et il nous illumine pour nous faire sortir des ténèbres et de l'ombre de la mort et pour nous faire entrer dans la lumière éternelle. »

Explications : Le sacrement de notre salut, c'est le Christ, le Christ est le premier sacrement, ce n'est pas une idée moderne mais au contraire très ancienne. Le Christ était caché dans les cieux, il a été révélé quand il est venu sur la terre, dans le sein virginal de Marie. Le mot « ineffable » se réfère à la virginité dans l'enfantement. C'est la théologie apophatique : on n'est pas capable d'en parler. Le Christ accompli la promesse faite à David (Lc 1, 78-79). Le texte cite ensuite le cantique de Zacharie (Lc 1,78), ce n'est pas tant Marie qui visite Elisabeth que Dieu qui visite son peuple. « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » : on reconnaît l'acclamation de la foule à Jérusalem. Avant la venue à Jérusalem, il y a sa venue dans l'Incarnation. « Qui comme un époux sort de sa tente et il nous illumine » c'est le psaume 18,6 cité pour dire que le Christ est l'époux, l'Incarnation signifie que Dieu épouse l'humanité. Encore aujourd'hui l'office nocturne chante Ps 44, le psaume nuptial, le psaume des noces de Dieu avec l'humanité dans le sein de la Vierge Marie.

 

« En ce jour de la solennité, bien qu'il soit ineffable, il convient cependant d'en publier le mystère : parce qu'une mère Vierge ne peut enfanter qu'un enfant divin et pour le Dieu homme il convient de naître seulement d'une mère Vierge. »

 

Marie dans l'ancienne liturgie de Noël

 

Les lectures dans les anciens lectionnaires

 

A l'époque de saint Grégoire le Grand († 604), le corpus de lectures, attesté par le Lectionnaire de Wurzburg, comprenait :

Mt 1,18-21 Marie se trouva enceinte par l'Esprit Saint), pour la messe de la veille ;

Lc 2,1-14 "Elle donna le jour à son fils premier-né") pour la messe de la nuit ;

Lc 2,15-20 "Marie conservait toutes ces chose en les méditant dans son cœur"), pour la messe de l'aurore.

 

L'antienne de communion "Exulta filia Sion" (25 décembre, messe de l'aurore) : "Esulta satis, filia Sion, quia ecce Rex tuus venit tibi, justus e salvator, alleluia"

Traduction : « Exulte de joie, fille de Sion, voici que ton Roi vient à toi, juste et Sauveur, Alleluia »

Commentaire : Zacharie 9,9 inspire cette antienne mais il n'a pas écrit pour notre liturgie, il évoquait le retour d'exil à Jérusalem. Pour lui, la fille de Sion est le peuple d'Israël, la cité de Jérusalem, et le roi est Adonaї, le Seigneur. Cette antienne est probablement du 7e siècle. Les personnes qui entendent l'antienne sont des chrétiens qui attendent Noël. Marie réalise l'idéal de la fille de Sion. Dans la pensée des liturgistes, la fille de Sion est Marie et le roi est le Christ dont on souligne la sainteté et le fait qu'il est sauveur.

 

L'antienne d'entrée du jour de Noël : "Puer natus est nobis, et filius datus est nobis, cuius imperium super humerum eius, et vocabitur nomen eius magni concilii Angelus. »

Traduction : « Un enfant nous est né, un fils nous est donné, sur ses épaules sont l'insigne du pouvoir, on l'appelle l'envoyé du grand dessein de Dieu : il est le Sauveur. »

Commentaire : Elle est inspirée de Isaïe 9,6. Dans l'anaphore de la Tradition Apostolique, nous avions déjà l'expression du Christ comme Envoyé (en latin, Angelus).

 

Marie dans la prière eucharistique du jour de Noël

 

A la Nativité du Seigneur et pendant son octave, la prière eucharistique est dérivée du «Communicantes» , très ancienne prière datant du 5° au 7° siècle,et dans laquelle l'Eglise fait mémoire de Marie : « Dans la communion de toute l'Église, nous célébrons la nuit très sainte le jour très saint où Marie, dans la gloire de sa virginité, enfanta le Sauveur du monde ; et nous voulons nommer en premier lieu cette Vierge bienheureuse, la Mère de notre Dieu et Seigneur, Jésus Christ ; Saint Joseph, son époux, Les saints Apôtres et Martyrs Pierre et Paul, André, Jacques et Jean, Thomas, Jacques et Philippe, Barthélemy et Matthieu, Simon et Jude, Lin, Clet, Clément, Sixte, Corneille et Cyprien, Laurent, Chrysogone, Jean et Paul, Côme et Damien, Accorde-nous, par leur prière et leurs mérites, d'être, toujours et partout, forts de ton secours et de ta protection.» 

Extrait du Missel Romain

 

Noël, Marie, et notre naissance spirituelle,

homélie de saint Léon le Grand

 

Saint Léon le grand a été élu pape en 440, peu après le concile d'Ephèse (431). Mais après l'erreur de Nestorius advient l'excès d'Eutychès qui ne voit en Jésus que sa divinité . En 451 le concile de Chalcédoine exprimera son accord avec la doctrine exprimée par saint Léon le grand dans sa lettre à Flavien. Cette homélie du pape Léon le grand est un témoignage de la spiritualité du 5e siècle, il illumine les formules liturgiques composées en ce temps là pour la messe de Noël (sacramentarium Veronense). La joie et l'émerveillement transparaissent de ces lignes. L'homélie décrit le nouvel ordre des choses introduit par la Nativité de Jésus. La conception et la naissance de Jésus sont virginales, celui qui naît est Dieu. Il n'y aucun mépris pour les réalités ordinaires de la maternité, mais il faut considérer celui qui naît, Dieu, et son œuvre, la rédemption. Une spiritualité très vigoureuse et pleine d'espérance est exprimée : par le baptême, nous pouvons renaître et avoir part à la naissance du Christ, sa naissance sans tache.

 

Extraits de l'homélie de saint Léon le grand

« Réjouissons-nous dans le Seigneur, mes bien-aimés, livrons-nous à une joie toute spirituelle, car voici que commence à briller pour nous le jour nouveau de notre rédemption, jour depuis longtemps préparé, jour de l'éternel bonheur. (…)

Ainsi, mes bien-aimés, au temps prévu pour la rédemption des hommes, Jésus-Christ, Fils de Dieu, prend contact avec la bassesse de ce monde ; il descend du ciel sans quitter la gloire de son Père, et cela par une disposition sans précédent, par une naissance inouïe ! Disposition sans précédent, car, invisible en lui-même, il se rend visible en notre nature ; insaisissable, il veut être saisi ; lui qui est avant le temps, il commence à exister dans le temps ; maître de l'univers, il prend la forme de l'esclave et voile l'éclat de sa majesté ; Dieu impassible, il ne dédaigne pas de devenir un homme passible ; Dieu immortel, il veut se soumettre aux lois de la mort.

Naissance inouïe : conçu par une Vierge, né d'une Vierge, sans l'intervention d'un homme, sans préjudice pour l'intégrité de sa mère ; telle était la naissance qui convenait au futur Sauveur de l'humanité, à celui qui possèderait toute la nature de l'homme en ignorant les souillures de la chair.

En effet, le père de ce Dieu qui naît dans la chair, c'est Dieu, suivant le témoignage de l'archange à la bienheureuse Vierge Marie : "L'Esprit Saint viendra en vous, la puissance du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; aussi l'être saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu." (Lc 1,35)

La nature est la même, bien que la naissance soit différente ; si celle-ci échappe à l'intervention humaine habituelle, il relève de la puissance divine qu'une Vierge ait conçu, qu'une Vierge ait enfanté et qu'elle soit restée Vierge. Ne nous arrêtons pas ici au rôle de la mère, mais à la décision de l'enfant qui s'est fait homme de la façon qu'il voulait et pouvait. Désirez-vous connaître la vérité de sa nature ? Voyez sa substance humaine ; Désirez-vous comprendre son origine ? Alors confessez sa puissance divine.

Le Seigneur Jésus-Christ est en effet venu supprimer nos maladies, et non les contracter ; porter remède à nos vices, et non les subir ; il est venu pour purifier toute corruption et pour guérir nos âmes de l'infection de leurs ulcères ; c'est pourquoi il a fallu qu'il naquit dans des conditions nouvelles, lui qui apportait à nos corps la grâce nouvelle d'une pureté sans tache.

Il a fallu que l'intégrité de l'enfant gardât dans sa fraîcheur la virginité de la mère, et que la vertu infuse de l'Esprit-Saint lui conservât cet agréable asile de la pudeur, ce séjour de la sainteté : car il avait décidé de relever nos ruines, de réparer nos brèches et de donner à la chasteté un surcroit de force pour vaincre les attraits de la chair ; de la sorte, la virginité, qui, en tout autre, est incompatible avec la maternité, allait pouvoir être imitée par tous ceux qui naîtraient de nouveau. »

Saint Léon le Grand, pape

 

Noël ou les noces de Dieu et de l'humanité,

homélie de Saint Augustin

 

Les noces de Dieu et de l'humanité, voilà comment saint Augustin, évêque d'Hippone au 5ème siècle, fêtait Noël ! Le Christ est Dieu qui s'unit véritablement à l'humanité sans rien perdre de sa divinité. Ce sont de vrais noces : le Christ est vrai homme : il est né de la chair, il est la Vérité élevée de terre ; le Christ est donc comme un époux qui, comme dit le psaume, s'élance d'une extrémité du ciel.

 

Extrait de l'homélie de Saint Augustin

« La Vérité aujourd'hui s'est élevée de terre ; le Christ est né de la chair. Livrez-vous à une sainte joie ; que ce jour attache vos esprits à la pensée du jour éternel, souhaitez, espérez fermement les biens célestes, et puisque vous en avez reçu le pouvoir, comptez devenir enfants de Dieu.

N'est-ce pas pour vous qu'est né dans le temps l'Auteur même des temps, pour vous que s'est montré au monde le Fondateur du monde, pour vous enfin que le Créateur est devenu créature ? Pourquoi donc, ô mortels, mettre encore votre esprit dans ce qui est mortel ? pourquoi consacrer toutes vos forces à retenir, s'il était possible, une vie fugitive ? Ah ! de plus brillantes espérances rayonnent sur la terre, et ceux qui l'habitent n'ont reçu rien moins que la promesse de vivre dans les cieux.

Or, pour faire croire à cette promesse, une chose bien plus incroyable vient d'être donnée au monde. Pour rendre les hommes des dieux, Dieu s'est fait homme ; sans rien perdre de ce qu'il était, il a voulu devenir ce qu'il avait fait ; oui, devenir ce qu'il a fait, unissant l'homme à Dieu, sans anéantir Dieu dans l'homme.

Nous sommes étonnés de voir une Vierge qui devient Mère ; il nous faut des efforts pour convaincre les incrédules de la réalité de cet enfantement tout nouveau, pour leur faire admettre qu'une femme a conçu sans le concours d'aucun homme ; qu'elle a donné le jour à un Enfant dont aucun mortel n'était le père ; enfin que le sceau sacré de sa virginité est resté inviolable au moment de la conception et au moment de l'enfantement.

La puissance de Dieu se montre ici merveilleuse ; mais sa miséricorde plus admirable encore, puisqu'à la puissance il a joint la volonté de naître ainsi. Il était le Fils unique du Père, avant de devenir le Fils unique de sa mère ; lui-même l'avait formée, avant d'être formé dans son sein ; avec son père il est éternel, et avec sa Mère il est enfant d'un jour ; moins âgé que la Mère dont il est formé, il est antérieur à tout sans être formé de son Père ; sans lui le Père n'a jamais existé, et sa Mère n'existerait pas sans lui. (…)

Il était à craindre qu'on ne vint à mépriser la Vérité à cause qu'elle s'est élevée de terre, lorsque, semblable à l'époux qui sort du lit nuptial, elle s'est élancée du sein maternel où le Verbe de Dieu avait contracté avec la nature humaine une ineffable union. Afin de détourner ces mépris, et pour empêcher que malgré sa naissance admirable, malgré ses paroles et ses oeuvres merveilleuses, la ressemblance de la chair du Christ avec la chair de péché ne fit voir en lui qu'un homme, après ces mots « Pareil à l'époux sortant du lit nuptial, il s'est élancé comme un géant pour fournir sa carrière », viennent aussitôt ceux-ci : «Il est parti d'une extrémité du ciel ».

Si donc, « la Vérité s'est « élevée de terre », c'était bonté de sa part, et non pas nécessité ; miséricorde, et non pas dénuement. Pour s'élever de terre, cette Vérité est descendue des cieux ; pour sortir de son lit nuptial, l'Epoux s'est élancé d'une extrémité du ciel. Voilà pourquoi il est né aujourd'hui.

Ce jour est le plus court des jours de la terre et c'est à dater de lui que les jours commencent à grandir. Ainsi Celui qui s'est rapetissé pour nous élever, a fait choix du jour qui est à la fois le moindre et le principe des grands jours.

En naissant ainsi et malgré son silence, il nous crie en quelque sorte avec une voix retentissante, que pour nous il s'est fait pauvre et qu'en lui nous devons apprendre à être riches ; que pour tous il s'est revêtu de la nature de son esclave et que nous devons en lui recouvrer la liberté ; que pour nous il s'est élevé de terre et que nous devons avec lui posséder le ciel. »

Saint Augustin

 

Texte extrait du site www.mariedenazareth.com

 

Saint François et Noël

 

Noël, chez nous, Franciscains, tient une place importante, primordiale, cela tient du fait que François, qui imitait Jésus, voulant revivre sa naissance, inventa la première crèche vivante, à Greccio, un 24 décembre au soir. De là est venue cette belle tradition que l'on fait encore dans certaines paroisses. Laissons la parole à Thomas de Celano, le grand biographe de Saint François.

De La Prima Vita de Celano (Chapître 30: 84-87)


« Deux sujets empoignaient François tellement qu'il pouvait à peine penser à autre chose: l'humilité manifestée par l'Incanation, et l'Amour manifesté par la Passion. C'est pourquoi je veux conserver pieusement le souvenir de ce qu'il fit à Greccio, un jour de Noël, trois années avant sa mort. Il y avait dans cete province un homme appelé Jean, de bonne renommée, de vie meilleure encore, et le bienheureux François l'aimait beaucoup parce que, malgré son haut lignage et ses importantes charges, il n'accordait aucune valeur à la noblesse du sanf et désirait acquérir celle de l'âme. Une quinzaine de jours avant Noël, François le fit appeler comme il le faisait souvent. » Si tu veux bien, lui dit-il, célébrons à Greccio la prochaine fête du Seigneur; pars dès maintenant et occupe-toi des péparatifs que je vais t'indiquer. Je veux évoquer en effet le souvenir de l'Enfant qui naquit à Bethléem et de tous les désagréments qu'Il endura dès Son enfance; je veux le voir, de mes yeux de chair, tel qu'Il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin, entre un boeuf et un âne. L'ami fidèle courut en toute hâte préparer au village en question ce qu'avait demandé le Saint.


Le jour de joie arriva, le temps de l'allégresse commença. On convoqua les frères de plusieurs couvents des environs. Hommes et femmes, les gens du pays, l'âme en fête, préparèrent chacun, selon ses possibilités, des torches et des cierges pour rendre lumineuse cette nuit qui vit se lever l'Astre étincelant éclairant tous les siècles. En arrivant, le Saint vit que tout était prêt et se réjouit fort. On avait apporté une mangeoire et du foin, on avait ammené un âne et un boeuf. Là vraiment la simplicité était à l'honneu, c'était le triomphe de la pauvreté, la meilleure leçon d'humilité; Greccio était devenu un nouveau Bethléem. La nuit se fit aussi lumineuse que le jour et aussi délicieuse pour les animaux que pour les hommes. Les foules acoururent, et le renouvellement du mystère renouvela leurs motifs de joie. Les bois retentissaient de chants, et les montagnes en répercutaient les joyeux échos. Les frères chantaient les louanges du Seigneur, et toute la nuit se passa dans la joie. Le Saint passa la veillée debout devant la crèche, brisé de compassio, rempli d'une indicible joie. Enfin l'on célébra la Messe sur la mangeoire comme autel, et le prêtre qui célébra ressentit une piété jamis éprouvée jusqu'alors.


François revêtit la dalmatique, car il était Diacre, et chanta l'Evangile d'une voix sonore. Sa voix vibrante et douce, claire en sonore, invitait tous les assistants aux plus hautes joies. Il prêcha ensuite au peuple et trouva des mots doux comme le miel pour parler de la naissance du pauvre Roi et de la petite ville de Bethléem. Parlant du Christ Jésus, il l'appelait avec beaucoup de tendresse « l'Enfant de Bethléem », et il clamait ce « Bethléem » qui se prolongeait comme un bêlement d'agneau; il faisait passer par sa bouche toute sa vois et tout son amour. On pouvait croire, lorsqu'il disait « Jésus » ou « Enfant de Bethléem » qu'il se passait la langue sur les lèvres comme pour savouyrer la douceur de ces mots.


Au nombre des gâces prodiguées par le Seigneur en ce lieu, on peut compter la vision admirable dont un homme de grande vertu reçut alors la faveur. Il aperçut couché dans la mangeoire un petit enfant immobile, que l'approche du Saint parut tirer du sommeil. Cette vision échut vraiment bien à propos, car l'Enfant Jésus était, de fait, endormi dans l'oubli au fond de bien des coeurs jusqu'au jour où, par son serviteur François, son soubvenir fut ranimé et imprimé de façon indélébile dans les mémoires. Après les la clôture des solennités de la nuit, chacun rentra chez soi, plein d'allégresse.


On conserva du foin de la crèche « afin que Yahwe  guérisse le bétail, si grande est Sa Miséricorde ». En effet, beaucoup d'animaux de la région, atteints de diverses maladies, mangèent de ce foin et furent guéris. Bien mieux, des femmes qui, au cours d'enfantements laborieux et pénibles, se munirent de quelques brins, accouchèrent heureusement. Des foules d'hommes et de femmes purent de la même façon recouvrer la santé.


La crèche est devenu un temple consacré au Signeur; sur l'emplacement de la mangeoire, un autel est construit en l'honneur du Bienheureux Père François, afin que là où des animaux ont autrefois mangé leur nourriture composée de foin, les hommes mangent désormais, pour la santé de leur âme et de leur corps, la chair de l'Agneau sans tâches, Jésus-Christ, notre Seigneur, qui, dans son immense et ineffable Amour, se donna Lui-même à nous, Lui qui vit et règne éternellement glorieux avec le Père et le Saint Esprit dans tous les siècles des siècles. Amen. Alléluia, Alléluia! »

 

Extraits de "Saint François d'Assise, documents", aux Ed. Franciscaines

 

Oraison de la fête de Noël

 

Seigneur Jésus, hâte-toi, ne tarde plus : que ta venue réconforte et relève ceux qui ont foi dans ton amour. Toi qui vit et règne avec le Père, dans l'Unité du Saint Esprit, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.

 

Prière devant la crèche


Seigneur Jésus, merci pour Noël. Merci de venir vers moi, de venir dans ma vie.
Ma vie sans Toi est comme la crèche vide. Viens demeurer chez moi. Chaque jour prends de plus en plus de place dans ma vie. Je sais déjà, Seigneur, que si Tu es au centre de ma vie, tout le reste petit à petit se met à sa place. Merci de me faire un signe par Ta naissance dans la pauvreté. Grâce à Toi je comprends mieux que mon bonheur n'est pas dans l' « avoir » mais dans l' « être ». Grâce à Toi j'apprends jours après jours à ne pas trop encombrer mon cœur. Toi seul suffis. Je Te donne toute ma vie et la vie de ceux qui me sont chers. Je veux Te rendre grâce pour tout et en toutes circonstances. Apprends-moi à Te dire chaque matin : « Jésus, j'ai confiance en Toi ». Fais de moi Ton disciple. Envoie-moi annoncer Ton Evangile. Apprends-moi à Te servir dans mes frères. Que personne autour de moi ne se sente seul ou malheureux par mon égoïsme ou mon indifférence. Avec les anges je te chante aujourd'hui : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'il aime ».

 

 



24/12/2007 0 Poster un commentaire

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